Si en France le Nouvel An se célèbre à coup de cotillons et de décomptes avant minuit, au Japon les célébrations de Oshôgatsu (ou Ganjitsu) admettent leurs propres coutumes. Prière au temple, bento spécial et vœux impériaux, la nouvelle année doit commencer sous les meilleurs hospices. C’est pourquoi, les Japonais ont l’habitude de célébrer le Nouvel An sur plusieurs jours, en mélangeant traditions multicentenaires et coutumes modernes.

Le 31 janvier

Comme dans de nombreux pays d’Europe, le dernier jour de l’année est un moment de fête au Japon. Cependant, le réveillon ne prend pas forcément ici la forme d’un repas entre amis. C’est essentiellement un moment qu’on passe en famille, dehors ou devant la télé, en attendant les douze coups de minuit pour se rendre au temple ou au sanctuaire.

Kôhaku Uta Gassen

Créée en 1951, Kôhaku Uta Gassen est une émission musicale qui passe tous les 31 décembre sur NHK. Deux groupes de célébrités s’y affrontent sur des morceaux de tout genre (les garçons contre les filles), et les téléspectateurs doivent voter pour leur équipe préférée afin de désigner l’équipe vainqueure. Les deux équipes sont souvent composées de chanteurs de J-pop, mais également de musiciens de J-rock ou de grands noms du Enka (chansons traditionnelles). L’ émission est ainsi très suivie, et fait chaque année des records d’audience bien que l’audimat a eu tendance à baisser ces 5 dernières années.

Les otoshidama

Les otoshidama sont les étrennes qu’on donne aux enfants au moment du 31 décembre. Elles se présentent sous la forme d’enveloppes décorées à l’intérieur desquelles sont glissés plusieurs billets. La somme peut aller jusqu’à 10,000 yens (82,50 euros), et il est coutume d’offrir des étrennes aux plus jeunes jusqu’à ce que ces derniers entrent dans le monde du travail. Si vous faites de longues études, attendez-vous donc à recevoir des otoshidama encore plusieurs années après votre majorité !

Le compte à rebours de Shibuya

Si le compte à rebours du 31 décembre a été popularisé dans de nombreuses parties du globe, Tokyo en a fait un événement à part entière puisque depuis 2016, Coca-Cola sponsorise un grand rassemblement à Shibuya pour venir y décompter les 10 dernières secondes de l’année ! Le jour de son lancement, l’opération avait ainsi réuni 67 000 personnes.

Hatsumode

Hatsumode est probablement la coutume la plus importante de tout le Nouvel An japonais. Elle désigne la première visite de l’année au sanctuaire, et elle apporterait chance et bonheur pour toute l’année à venir. C’est pourquoi, presque personne ne manque ces célébrations !

En effet, bien qu’Hatsumode ne commence officiellement qu’une fois que les 108 coups de cloche des temples et sanctuaires aient retenti à minuit, les Japonais ont coutume de faire la queue devant les lieux de culte bien avant le tintement des cloches. Il y a donc foule aux portes de ces derniers du 31 décembre au 07 janvier, et on ne se contente généralement pas d’une seule prière, puisque Hatsumode suit un rituel complet. On se purifie premièrement à l’encens, on prie les divinités attachées au sanctuaire ou au temple de son choix en leur offrant en général 5 yens (la pièce de 5 yens portant bonheur au Japon), on vient ensuite piocher un omikuji (une prédiction), puis on achète des omamori (des amulettes de protection) avant de déguster son premier verre de toso, le saké médicinal qui viendra purifier le corps autant que l’esprit.

Hatsumode étant une coutume nationale ancrée dans la culture japonaise depuis des siècles, il faut noter que la plupart des lieux de culte y participent. Parmi les plus fréquentés du Japon, on comptera notamment Ise-jingu (Ise, préfecture de Mie) dédiée à la déesse Amaterasu, Fushima Inari Taisha (Kyoto) érigé en l’honneur de la divinité Inari, le sanctuaire impérial de Meiji-jingu à Tokyo, ou encore le temple bouddhiste Senso-ji, également situé dans la capitale japonaise.

Le 1er janvier

Si hatumode structure spirituellement le Nouvel An, les festivités d’Oshôgatsu ne s’arrêtent pas à la première visite au temple. Les trois premiers jours de l’année ont également leur part de célébrations, notamment le 1er janvier qui apporte une dimension plus pragmatique à Ganjitsu, puisque la cuisine et les centres commerciaux viennent prendre le relais des lieux de prière.

Hatsuhinode

Hatsuhinode désigne le premier lever de soleil de l’année.

Il porterait chance à quiconque l’admirerait, c’est pourquoi de nombreux Japonais essaient chaque année de trouver une place de choix pour en contempler les premières lueurs. Parmi les spots qui ont le vent en poupe le 1er janvier, on retrouvera ainsi le Mont Fuji, le Mont Moiwa à Sapporo, ou encore l’observatoire de la mairie de Shinjuku à Tokyo. Si vous n’êtes pas adepte des bains de foule, mieux vaut donc éviter ces endroits sous peine de commencer l’année serré comme une sardine.

Osechi Ryôri

Osechi Ryôri

Tradition culinaire datant de l’ère Heian (794-1185), le terme osechi ryôri désigne l’ensemble des plats qu’on trouve habituellement sur la table au Nouvel An. Ils se présentent sous la forme de jûbako, un empilement de boites à bento, et sont servis au cours des trois premiers jours de l’année.

Si d’ordinaire on ne servait que des nimono, des légumes bouillis dans de la sauce soja et du sucre, de nombreux petits plats sont venus s’ajouter à l’osechi d’Heian. Et aujourd’hui, tout plat préparé spécialement pour les festivités du Jour de l’an sera considéré comme de l’osechi ryôri, que ce soit des soba, des sushi, ou même des pâtes à la bolognaise !

Bien qu’il soit de coutume de préparer son osechi à la maison, sachez qu’il est également possible d’acheter des jûbako tous prêts au supermarché ou au konbini si vous n’êtes pas encore un as des fourneaux japonais.

Fukubukuro

Le jour de l’an marque aussi le début des soldes d’hiver. Trois semaines de bonnes affaires où on peut acheter entre autre des fukubukuro, les pochettes surprises japonaises.

Valant entre 4 à 10 fois leur prix d’achat, les fukubukuro s’arrachent comme des petits pains lorsque l’heure des réductions a sonné. On en trouve aussi bien dans les magasins de prêt à porter que dans les supermarchés ou sur internet, et leur succès fait qu’ils sont aujourd’hui un élément incontournable des festivités de la nouvelle année !

Les 2 et 3 janvier

Bien qu’il soit possible de continuer les festivités jusqu’à la fin de la première semaine de janvier, les 2 et 3 janvier clôturent généralement officiellement les célébrations du Nouvel An avec, entre autre, les vœux de l’empereur pour la nouvelle année.

Les vœux de l’empereur

Le 2 janvier, l’empereur présente ses vœux au Palais Impérial de Tokyo. Pour l’occasion, pas moins de 100 000 personnes se pressent chaque année dans les jardins impériaux pour voir le monarque du Chrysanthème saluer la foule depuis son balcon. A noter que cette année les vœux auront une dimension un peu spéciale, puisque ce seront les premiers vœux de l’empereur Naruhito, intronisé le 22 octobre dernier.

Les mochi

Les mochi sont de petites boulettes de riz gluant. On en trouve aussi bien fourrés au anko (la pâte de haricot rouge) qu’au matcha ou à la glace, et les Japonais en sont friands depuis des générations.

Si on peut en déguster régulièrement sur les stands de matsuri (les festivals traditionnels) ou au konbini tout au long de l’année, ce sont les trois premiers jours de la nouvelle année qu’ils sont le plus populaires. Mais il sont également les plus meurtriers, puisque les décès par étouffement survenant le 1er janvier à la suite d’un mochi avalé trop rapidement ne sont malheureusement pas chose rare sur l’archipel.

Qu’on soit croyant ou amateur de variétés, gourmand ou fashionista, les festivités du Nouvel An au Japon rassemblent les cœurs et revigorent les esprits. Placées sous le signe de la chance et du partage, elles représentent l’un des événements les plus importants du calendrier. Un événement qui fait partie intégrante de la culture japonaise, et qui permet de s’émerveiller du côté festif des différences culturelles.

Intéressé(e) par d’autres pans de la culture japonaise ? N’hésitez pas à découvrir nos autres articles sur le blog de Go! Go! Nihon.