Le tatouage au Japon : une histoire colorée d’art et de tabou

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Le tatouage au Japon a une histoire importante et existe depuis longtemps, dépassant même l’image interdite qu’elle a pu avoir dans la société japonaise. L’art du tatouage a toujours fait partie intégrante de la culture du pays, un art basé sur une technique et un style particulier, différent de celui que l’on a en occident. Il a connu beaucoup de noms variés au travers des siècles, comme « Bunshin » (文身, décorer le corps), « Shisei » (刺青, piquer au bleu) ou encore « Horimono » (彫り物, chose qui affecte), mais il est plus communément appelé aujourd’hui « Irezumi » (入れ墨, insertion d’encre), définissant spécifiquement le tatouage traditionnel. La technique utilisée est appelée « Tebori » (手彫り, gravure à la main), c’est un art très complexe qui nécessite une exécution difficile et lente, utilisant burins et gouges.

Un peu d’histoire

Comme mentionné précédemment, le tatouage au Japon représente un phénomène artistique et socioculturel important dans l’histoire du pays. Les premiers exemples de tatouages remonteraient à des milliers d’années. Au cours de la période Jōmon (environ 10 500 avant J.-C. à 300 avant J.-C.), des figurines en argile ont été retrouvées avec des marques considérées par les historiens comme des tatouages : ils auraient été utilisés par le peuple Aïnou et certains registres chinois certifient que les Japonais arboraient des tatouages impressionnants sur leur visage et leur corps. Il semblerait qu’à cette époque, les hommes tatoués montraient leur appartenance à un clan ou à un métier en particulier, comme les marins, tandis que les femmes étaient tatouées au niveau du bord de leur bouche pour indiquer qu’elles étaient mariées.

Mais au fil des siècles, l’utilisation des tatouages est influencée par les changements sociaux et culturels : ils commencent à être associés au crime car les malfaiteurs étaient « marqués » afin de les rendre reconnaissables au reste de la société, au lieu de les amputer. Pendant un moment, l’art du tatouage deviendra aussi populaire chez les prostituées et les pompiers qui les portaient comme une protection spirituelle, marquant leur courage. Ce n’est qu’avec la période Edo qu’ils ont connu une importance considérable. L’ère Ukiyo (浮世, monde flottant) commence à se développer, provoquant de nombreux changements artistiques et culturels dans le pays. Cette ère est importante au niveau politique, économique et social au Japon, notamment pour l’unification du pays. Alors, avec la crise de l’aristocratie féodale, les nouvelles classes bourgeoises gagnent en importance ; ces mêmes classes sociales qui se livrent aux plaisirs les plus matériels de la vie tels que le théâtre, les geisha ou les quartiers de plaisirs. Les représentations artistiques célèbres de cette période, en particulier sur des blocs de bois d’ukiyo-e (浮世絵, dessins du monde flottant), donnent une vision optimiste de la vie et provoquent, auprès de l’élite, l’envie d’être tatoué.

De plus, outre cette popularité auprès des classes bourgeoises, un roman chinois, connu des Japonais sous le nom de Suikoden (水滸伝, « au bord de l’eau »), nous offre une histoire très intéressante, racontant le courage et la bravoure illustrée par des hommes tatoués et héroïques. Celui-ci a alors entraîné une vague de demande de tatouages aperçus dans les illustrations et a rendu instantanément populaire le tatouage au Japon. De ce fait, il fallait bien que quelqu’un devienne tatoueur : les artistes de tablettes de bois (ukiyo-e) se chargeaient de ce travail, utilisant les mêmes outils que pour leur ancienne activité, c’est à dire un tailleur de pierre et une aiguille. C’est de là que la célèbre encre Nara est née, l’encre populaire encore utilisée de nos jours, qui présente la couleur bleu-vert caractéristique sur la peau. Mais durant Meiji, le gouvernement a décidé d’interdire le tatouage ainsi que sa pratique, qui a continué clandestinement. Il a fallut attendre 1945 pour qu’il soit de nouveau autorisé grâce aux forces d’occupation du Japon.

Symboles importants et leur signification

Vous avez sûrement déjà du en voir, que ce soit dans les films, les mangas, les animes, les reportages de télévision ou encore même dans les journaux, les tatouages les plus populaires au Japon sont ceux qui sont liés à la tradition et à la culture locale. En s’inspirant des dessins d’ukiyo-e, les éléments les plus utilisés et les plus populaires sont presque toujours les mêmes symboles.

Carpe

La carpe Koï, le poisson le plus représenté dans la culture japonaise, est l’une des créatures les plus emblématiques. Généralement, lorsque l’on se tatoue une carpe, c’est à l’occasion de la naissance d’un enfant, elle représente alors la chance et la protection que l’on souhaite apporter au futur nouveau-né pour le reste de sa vie.

Dragon

Le dragon est aussi très retrouvé dans les tatouages au Japon. Contrairement à ce que l’on peut penser, il n’est pas signe de colère ni même de destruction : au Japon, c’est un être bienveillant, un symbole de sagesse qui est associé généralement aux divinités aquatiques. Il arrive de voir d’ailleurs la carpe Koï et le dragon ensemble ; il s’agit d’une représentation d’une légende, racontant que si une carpe Koï réussi à remonter une cascade, elle pourrait se transformer en dragon. Cette symbolique montre la volonté de ne pas abandonner au moindre obstacle.

Les fleurs

Étonnamment, les fleurs jouent un rôle tout aussi important dans la culture du tatouage au Japon. La pivoine représente la masculinité et le courage ; le chrysanthème, symbole impérial, évoque la volonté et le caractère, mais aussi la simplicité et la perfection, car il fleurit même en hiver ; les fleurs de cerisier, emblème national, décrivent la beauté, l’éphémère de la vie et par extension, elle symbolise la vie de samouraï, conscient que la vie ne tient qu’à un fil et qui est prêt au sacrifice. Les fleurs de cerisier et de chrysanthème sont toutes deux associées au fait de ne pas céder face à l’adversité et au courage face à la mort. Beaucoup d’autres fleurs sont tatouées et ont des significations bien différentes, mais la liste est particulièrement longue…

Démons

Les Oni (鬼, démons) font partie des symboles de base du folklore japonais. Ils sont souvent représentés avec des cornes et des crocs géants et une peau entièrement rouge. Ils sont utilisés en tant que tatouages car on pense qu’ils pourraient se transformer en protecteurs bienveillants. Il existe des tatouages représentant la Hannya, le fantôme d’une femme vengeresse, qui est symbole de la passion dévorante. Celui-ci permettrait de contrôler colère, avarice ou encore jalousie. Parfois, même les kami (神, divinité shinto) comme Fūjin (風神, dieu du vent) et Raijin (雷神, dieu de la foudre) ou d’autres yōkai (妖怪, esprits) comme le Tengu (天狗, chien céleste) sont utilisés, demandant une certaine protection et aide dans les moments difficiles.

Les éléments naturels

Enfin, sur les tatouages, vous trouverez souvent des nuages, des vagues ou du vent. Ceux-ci constituent le décor qui mettra en valeur le motif principal, comme une fleur, un animal ou un symbole folklorique. Il s’agit en réalité uniquement d’arrière-plans.

Le tatouage au Japon aujourd’hui

Au Japon d’aujourd’hui, les tatouages conservent toujours une connotation négative. Ils restent associés au crime et aux yakuza, même si généralement, leurs tatouages recouvrent presque tout leur corps, en partant du haut du buste et en allant jusqu’aux cuisses, le moindre petit bout de dessin peut empêcher l’entrée dans certains gymnases, piscines ou onsen (温泉, bain thermal japonais). Dans ces cas-là, il n’y a pas le choix que de recouvrir le tatouage de bandages ou d’aller dans d’autres établissements plus souples au niveau des règles.

Le tatouage reste malgré tout très surveillé dans le pays, car pour être tatoueur, il faut au moins un diplôme de médecin selon la loi, ce qui n’encourage pas forcément à le devenir. Mais sous l’influence occidentale, il devient de plus en plus populaire et cela effraie certaines personnes, comme le maire d’Osaka qui a décidé de licencier tous ses employés tatoués en 2012. Alors au Japon, un simple bout d’encre sur votre peau pourrait facilement vous coûter votre travail, votre carrière ou même votre famille… Cependant, les étrangers ont tout de même moins de soucis à se faire car il est difficile pour eux d’être soupçonnés d’avoir un lien avec les yakuza.

Si vous avez un tatouage et que vous planifiez un voyage au pays du Soleil Levant, vous pouvez consulter le site Tattoo Friendly qui répertorie plusieurs endroits acceptant les tatouages au Japon.

Pour en connaître plus sur le Japon, suivez les dernières publication du blog de Go! Go! Nihon.

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