Le Japon a tout d’un pays développé. L’espérance de vie y est élevée, l’accès à l’éducation est haut, et la sécurité et la propreté règnent (globalement) dans les rues.

Pourtant, le pays du soleil levant connaît bien des retards au niveau des mouvements sociaux. Et que ce soit sur le plan de l’égalité homme-femme ou sur l’intégration des minorités sexuelles, le Japon est loin derrière certains de ses confrères européens. Notamment en ce qui concerne le mouvement LGBTQ, qui fait de plus en plus de bruit sur l’archipel.

LGBTQ au Japon, drapeau LGBT

Le Japon, un pays homophobe ?

Dire que le Japon est un pays sans criminalité serait totalement faux.  Les vols et les agressions y sont certes moins répandus qu’en métropole, mais ces derniers existent bel et bien. Tout comme les injustices sociales, le racisme, et l’homophobie.

En effet, faire son ‘’coming-out ‘’ n’est toujours pas très bien perçu au Japon en 2019 ! Et si dire qu’on est gay lorsqu’on est étranger passe encore, avouer ouvertement son homosexualité lorsqu’on est Japonais peut très rapidement attirer les mauvais regards. Surtout dans une société de groupe, où sortir de la ‘’norme’’ n’est pas très bien accepté.

En 2018, une affaire avait d’ailleurs secoué la communauté LGBTQ sur l’archipel.  Mio Sugita, membre du Jimintô (le Parti Libéral Démocrate japonais actuellement au pouvoir) et députée connue pour ses opinions très personnelles sur les femmes de réconfort, avait énoncé publiquement que le gouvernement n’avait pas à dépenser un seul centime pour les gays. Ces derniers étant jugés selon elle comme « non-productifs » à la société, puisque « incapables de se reproduire ».

Cette déclaration avait alors fait l’effet d’une bombe dans le pays, où quelque temps plus tôt, Tomu Tanigawa (un autre membre actif du Jimintô), avait qualifié l’homosexualité de « hobby » ne nécessitant pas un droit à l’accès au mariage.

Le mouvement LGBTQ fait entendre sa voix

Malgré un climat peu favorable à l’homosexualité, le mouvement LGBTQ se fait de plus en plus entendre au Japon. Et avec lui, des droits tant attendus qui commencent doucement à se faire valoir.

Désormais, plusieurs gouvernements locaux délivrent en effet des certificats aux couples de même sexe afin de leur faciliter les démarches administratives de la manière qu’ils le feraient pour un couple hétérosexuel. On citera ainsi les quartiers de Shibuya et de Setagaya à Tokyo, ou encore les villes de Sapporo, Osaka, et Fukuoka comme précurseurs en la matière.

D’ici 2020, 22 autres villes et quartiers devraient suivre le mouvement. Ces certificats permettent notamment d’autoriser les visites du compagnon à l’hôpital (généralement réservées à la famille), de réduire les inégalités d’accès au logement, et d’octroyer aux salariés disposant de ce document les mêmes droits en entreprise que les salariés mariés. A noter que le gouvernement au pouvoir s’était quand même opposé à ces démarches, bien que prises localement.

Face à la réticence des autorités centrales, le mouvement LGBTQ au Japon (bien que toujours timide) ne cesse de faire entendre sa voix. Et le 14 février dernier, 13 couples de même sexe ont même saisi la Justice et déposé plainte contre l’État pour faire valoir leur droit au mariage. Ils rappelaient ainsi que la Constitution garantissait la liberté au mariage pour tous, une liberté que la communauté LGBTQ revendique dur comme fer, comme lors de la Gay Pride.

La Gay Pride made in Japan

Tout comme de nombreux pays du monde, le Japon a lui aussi sa Gay Pride.

Crée en 1994, la Gay Pride japonaise (connue sous le nom de Tokyo Rainbow Pride (東京レインボープライド)) se déroule généralement à Tokyo entre avril et mai. Elle se compose d’un défilé de 3 km de long qui circule aux alentours de Shibuya, ainsi que de nombreux autres événements LGBTQ pendant toute une semaine – le défilé n’étant ici qu’un élément de la Gay Pride parmi tant d’autres. Le week-end se clôture souvent à Yoyogi, où une foire est organisée par les commerces tokyoïtes soutenant publiquement le mouvement LGBTQ.

Si vous n’êtes pas sur Tokyo à ce moment-là, notez que la Gay Pride est également célébrée dans d’autres villes du Japon de manière plus modeste. Comme à Osaka, où la Kansai Rainbow Pride bat son plein tous les automnes.

LGBTQ au Japon Gaypride cerf-volant arc-en-ciel

Les établissements fréquentés par la communauté LGBTQ à Tokyo

Si la Gay Pride reste l’événement majeur du mouvement à Tokyo, il faut savoir que la capitale japonaise n’est pas en reste lorsqu’il s’agit d’organiser des soirées LGBTQ. Notamment à Shinjuku-Nichôme, le quartier  »gay » de la capitale.

Bien moins basées sur les revendications politiques et sociales que sur le simple plaisir de faire la fête, les soirées organisées par les différents bars et cafés  »gays » de Shinjuku-Nichôme attirent autant les membres de la communauté LGBTQ que les partisans hétérosexuels du mouvement. L’atmosphère y est généralement bon enfant, et il n’y a même pas besoin de parler Japonais pour s’y sentir chez soi ! On accueille qui veut venir à bras ouvert. Et le respect de l’autre est tout ce qui compte.

Parmi les grands noms du quartier, citons ainsi Dragon Men (un bar-club qui a sa propre piste de danse), les bars à la mode The Eagle et Golden Finger (ce dernier est plutôt réservé à une clientèle féminine), le Aiiro café, le club transgenre FTM Bois, ou encore le Leo Lounge. Sans oublier évidemment le club le plus prisé de Nichôme : Arty Farty !

Si ces établissements sont ouverts tous les soirs, il est important de noter que certains d’entre eux organisent aussi des soirées spéciales qui peuvent être très intéressantes pour un étudiant étranger fraîchement arrivé sur la capitale. A l’image du Not Alone Café du Dragon Men, qui accueille tous les après-midi du premier dimanche du mois les personnes (toutes sexualités confondues) désireuses de faire de nouvelles rencontres en ville (qu’elles soient amicales, professionnelles, ou amoureuses).

Et puisque s’amuser rime toujours avec se protéger, sachez qu’un centre d’aide pour la communauté LGBTQ a également ouvert ses portes à Nichôme dans les années 1990. Appelé l’Akta, ce dernier joue même un rôle prépondérant dans la prévention contre le VIH et les MST au sein de la communauté gay de Tokyo !

 

Le mouvement japonais LGBTQ n’est donc plus aussi timide qu’il y a 30 ans. Et si la bataille pour faire respecter ses droits est encore longue, le futur de la communauté est aujourd’hui plutôt encourageant.

Pour retrouver d’autres brèves de vie japonaises, n’hésitez pas à consulter les autres articles de notre blog  sur Go ! Go ! Nihon.