Étudier au Japon et en France, ce n’est pas la même chose ! Et si les programmes sont relativement similaires en mathématiques ou en biologie, la vie étudiante est y plutôt différente. Activités de groupe et uniformisation de l’enseignement, le système scolaire japonais n’a pas seulement pour vocation de sensibiliser les enfants au savoir : on leur apprend aussi à vivre en collectivité.

Fonctionnement général

L’enseignement primaire et secondaire au Japon est équivalent à l’enseignement français et dure 12 ans, de la sortie de l’école maternelle, dite yōchien (幼稚園, ようちえん) au lycée, appelé communément kōkō (高校,こうこう).

On rentre ainsi en maternelle à l’âge de 3 ans, pour arriver à l’école primaire, shōgakkō (小学校, しょうがっこう) à 6 ans. Les trois années de maternelle ne sont alors pas obligatoires, bien que la plupart des enfants y soient inscrits comme en France. L’enseignement se poursuit au collège, dit chūgakkō (中学校, ちゅうがっこう) à l’âge de 12 ans, pour terminer par le lycée général ou professionnel de 15 à 18 ans. C’est la première différence avec le système français : si en France l’école primaire et le collège durent respectivement 5 et 4 ans, au Japon ces grades sont de 6 et de 3 années.

La deuxième différence entre les deux systèmes concerne alors la rentrée des classes : en septembre en France et en avril au Japon. L’année scolaire japonaise compte également beaucoup moins de vacances que son homologue française avec environ un mois de vacances de mi-juillet à fin août, une semaine en décembre pour les fêtes, et une semaine en mars avant la rentrée d’avril.

Enfin, tout le système scolaire japonais repose sur une opposition entre écoles publiques et privées, beaucoup plus accentuée qu’en France.

Les enfants japonais à l'école primaire

Les concours d’entrée et les cours du soir

Bien que l’on fasse une distinction entre établissements privés et publics, au Japon tous sont payants. Selon le Ministère de l’Éducation, une inscription à l’école primaire publique coûterait ainsi en moyenne 73 000 yens (585 euros) par an, contre 240 000 yens (1 926 euros) pour une école privée. Pour le secondaire, les frais avoisineraient même les 420 000 yens annuels (3 371 euros) dans le privé. C’est donc bien loin des quelques centaines d’euros de nos établissements publics !

Contre toute attente, les établissements publics sont donc les premiers choix des parents. Très prisés, ces établissements sont alors sujets à des concours difficiles. Et de l’école primaire à l’université, chaque établissement organise ses propres épreuves ! Pour s’y préparer, les étudiants vont alors régulièrement aux cours du soir, les juku (塾, じゅく). Avec des prix compris entre 10 000 et 15 000 yens (entre 82 et 123 euros) pour quatre cours d’une heure, ils représentent un véritable trou dans le budget familial.

Pourtant, les juku font partie inhérente de la culture scolaire au Japon, et selon le Ministère de l’Éducation, en 2008, 40% des élèves d’école primaire serait allé au moins une fois dans un juku. Pour les collégiens, ce chiffre dépasserait la moitié des effectifs, pour atteindre 77 % au lycée.

Déterminants pour pallier à la trop grande uniformisation de l’enseignement, les cours du soir sont également un haut lieu de socialisation pour les jeunes Japonais. Et beaucoup d’enfants demandent eux-mêmes à y aller pour se faire de nouveaux amis.

Les cérémonies d’entrée et les remises de diplômes

Afin d’accueillir les étudiants ayant brillamment passé les admissions, les établissements japonais organisent une cérémonie pour leur souhaiter la bienvenue, la nyūgakushiki (入学式, にゅうがくしき). Pendant près d’une heure et demie, les “première année” recevront ainsi quelques mots d’encouragement de la part du directeur, sous les yeux de leurs parents et de leurs camarades plus âgés. Une fois la cérémonie terminée, les professeurs principaux guident alors les élèves dans leurs salles de classe pour leur présenter le programme de l’année, comme cela peut se faire en France.

Véritable rite de passage, cette cérémonie a en réalité pour but de renforcer chez les jeunes étudiants leur sentiment d’appartenance au groupe. Il en est de même pour la remise de diplôme à la fin de chaque cycle. Nommée, sotsugyōshiki (卒業式, そつぎょうしき), cette cérémonie voit chaque étudiant recevoir son diplôme de la main du directeur qui les félicite sous le regard de leurs parents et de ses juniors.

Enfants japonais en uniforme scolaire

Le port de l’uniforme

Apparu en 1886 à l’université de Tokyo, l’uniforme japonais a rapidement conquis beaucoup de collèges et de lycées, qu’ils soient publics ou privés. Chaque établissement en compte alors deux : l’uniforme d’hiver, composé communément d’une chemise à manches longues, d’une veste et d’un pantalon pour les garçons et d’une jupe pour les filles ; et l’uniforme d’été, plus léger, qui comporte une chemise à manche courte et un simple gilet. La tenue de sport est elle aussi identique pour tous et se compose d’un t-shirt, d’un pantalon et d’une veste de jogging.

Bien que tous les uniformes soient généralement bleus, bordeaux ou beiges, il est très facile d’identifier leurs établissements d’origine, puisqu’ils ont tous leur propre design. Nœuds, cravates, cols bateaux ou cols classiques, chacun a sa petite particularité.
La longueur des jupes dépend également des établissements. Et si beaucoup de jeunes filles les raccourcissaient il y a quelques années pour être à la mode, aujourd’hui cela est interdit.

Fierté des étudiants qui affichent les couleurs de leur école, l’uniforme est néanmoins très cher : comptez en moyenne 100 000 yens (798 euros) par saison pour une tenue complète !

La vie de classe

Si en France, les étudiants du secondaire sont habitués à changer de salle à chaque cours, au Japon, chaque classe a sa salle attitrée. Puisque ce sont donc les professeurs qui se déplacent, les élèves se lèveront alors à chaque début d’heure pour saluer leur enseignant, et ne se rassiéront que lorsque ce dernier leur demandera.

Une autre particularité est encore à souligner ! Afin de favoriser l’apprentissage de la vie en collectivité, les classes sont divisées en groupe, les han (班,はん). Chaque han a ainsi son rôle au sein de la classe : apporter les déjeuners préparés à la cafétéria au sein de la salle de cours, ou encore nettoyer cette dernière en fin de journée. Ces rôles changent d’une semaine à l’autre.

Garçon japonais jouer au tennis

Les clubs

Afin d’apprendre à vivre ensemble, les étudiants japonais participent généralement à une ou deux activités après les cours : les clubs, dits bukatsu (部活, ぶかつ) ou kurabu (クラブ, くらぶ).

Que ce soient les clubs sportifs comme celui de tennis ou de basket, ou bien encore les clubs artistiques comme celui de photographie ou de théâtre, chaque établissement dispose d’une multitude d’activités gérées par les étudiants eux-mêmes.

En effet, le but des clubs étant de reproduire une micro-entreprise, chaque membre aura alors son rôle à y jouer. De la trésorerie, au recrutement, en passant par l’organisation d’événements censés financer le club, les étudiants consacrent généralement beaucoup de temps à leurs activités péri-scolaires. Apparus au milieu des années 1950, les clubs sont aujourd’hui tellement ancrés dans le système scolaire japonais qu’il est généralement mal vu de n’en faire partie d’aucun.

Tous ces aspects du système scolaire japonais nous permettent de nous rendre compte que la notion d’appartenance au groupe est très vite inculquée aux jeunes. Le savoir-vivre en société, la notion de communauté, la répartition de rôles au sein d’un groupe… Toutes ces valeurs si représentatives de la société japonaises sont transmises de génération en génération et assurent encore aujourd’hui l’homogénéité du peuple nippon. Une éducation atypique et différente de celle que nous pouvons voir en France, notamment.